Le 30 septembre 1991, Haïti a connu un coup d'état militaire sanglant. Le putsch fut immédiatement condamné tant au niveau national qu'international. D'abord, l'Organisation des États américains puis, l'Organisation des Nations Unies prirent des moyens et des sanctions pour échec au coup. Ces actions amenèrent l'isolement diplomatique complet des autorités de facto dès l'annonce du putsch, isolement qui persista jusqu'au retour du Président Aristide en octobre 1994.
Cette crise a permis d'observer l'émergence d'un principe de légitimité démocratique qui tend à légitimer l'intrusion de la communauté internationale dans la politique interne des États. En effet, au cours des dernières années, les interventions sous l'égide des organisations internationales se sont multipliées. Ces interventions ont des vocations multiples: tantôt elles visent à secourir les populations faisant face à des catastrophes provoquées par des crises internes, tantôt elles tentent de pallier aux carences des pouvoirs publics, de garantir le respect des droits humains. La légitimité et la justesse des revendications ont convaincu l'opinion internationale. En s'affirmant comme des revendications des droits de l'homme, elles ruinaient l'argument juridique de la souveraineté nationale.
En effet, les développements récents en droit international tendent à un infléchissement de la règle de la liberté totale de choix des États en matière de politique interne. La pratique internationale à l'égard des politiques internes des États va dans le sens d'une plus grande permission. On assiste à une sorte de retournement comme l'a souligné P.-M. Martin "L'ingérence considérée autrefois comme un élément négatif, le plus souvent une violation du droit international, semble désormais empreinte d'une constatation positive puisqu'elle serait un devoir, voire même un droit 1". Certains principes tels que la démocratie, la protection des droits de l'homme semblent légitimer une éventuelle ingérence. Ils font partie des grandes questions qui retiennent l'attention des organisations internationales et de certains États. Cette préoccupation a été manifestée de manière évidente à l'occasion de la crise haïtienne. Il y a une sorte d'imbrication ou d'interaction entre les droits de l'homme et la démocratie. Dans cette perspective, la question des droits de l'homme apparaît comme une composante d'un ensemble plus grand qui englobe le processus de démocratisation et l'état de droit.
Cette volonté d'internationaliser la démocratie, louable à certains égards, peut devenir carrément dangereuse sur le plan politique puisqu'elle peut être utilisée aussi à des fins hégémoniques. En fait, il n'est pas mauvais que les États qui ont connu un certain degré de développement démocratique puissent partager leur expérience avec ceux qui connaissent des difficultés en la matière. Cela ne doit pas donner l'occasion à certains États d'imposer leur politique à d'autres États. En fait, si le cas d'Haïti illustre parfaitement les possibilités novatrices des organisations internationales ; il montre également les difficultés auxquelles celles-ci doivent faire face.
Le travail comporte deux parties divisées en quatre chapitres. La première partie est réservée à l'analyse des mesures de sanction, des diverses étapes de négociation et des initiatives en faveur du respect des droits humains durant les trois ans de crise. Nous montrons les limites de la stratégie de la communauté internationale consistant en un mélange de sanctions et de négociations. Dans la deuxième partie, nous présentons une vue d'ensemble de l'intervention de la Force multinationale tout en abordant les aspects juridiques de celle-ci. Ensuite nous nous arrêtons sur le travail accompli par la MINUHA.